21 novembre 2007
Cellules souches et blocages étudiants
Un article a attiré mon attention dans Le Monde daté du 20 novembre 2007.
On y apprend, je cite, « que deux équipes scientifiques japonaises et américaines, travaillant séparément, ont réussi au même moment à transformer des cellules de peau humaine en cellules souches. Selon deux études publiées mardi 20 novembre, les chercheurs ouvrent ainsi un accès potentiellement illimité au remplacement de tissus ou d'organes endommagés. Leur nouvelle méthode, une fois améliorée, pourrait permettre de créer des cellules souches ayant le code génétique du patient, éliminant ainsi les risques de rejet » Et plus loin : « Ce travail "est monumental par son importance dans le champ de la recherche sur les cellules souches embryonnaires et par son impact potentiel sur notre capacité à accélérer les applications de cette technologie", a commenté Deepak Srivastava, directeur de l'Institut Gladstone sur les maladies cardiovasculaires ».
Il semble, apparemment, que ces découvertes constituent une avancée tout à fait considérable dans la mise en œuvre de traitement futurs destinés à lutter contre un certain nombre de maux qui aujourd’hui restent difficiles à traiter : cancer, Alzheimer, maladies cardio-vasculaires, etc… Elles offrent par ailleurs, d’après ce que l’on peut en comprendre, une alternative au développement de thérapies reposant sur l’utilisation d’embryons humains. Bref, elles vont probablement contribuer au progrès de l’humanité tout en restant dans un cadre éthique acceptable par chacun.
Or, ces deux équipes de chercheurs appartiennent respectivement à l’université du Wisconsin (USA) et à celle de Kyoto (Japon). Je me suis donc rendu par curiosité sur les sites webs de ces deux universités pour y constater les éléments suivants :
- La gouvernance de ces deux universités repose d’abord sur un comité de direction restreint : 5 personnes dans le cas de UW (Université du Wisconsin), contre 7 pour celle de UK (Université de Kyoto),
- Le conseil d’administration de UK comprend 24 membres, dont 12 sont extérieurs à l’université. Celui de UW en comprend 18 (Board of Regents), dont 9 sont issus du monde des affaires, et deux étudiants.
- Les enseignements et la recherche sont divisées en facultés / collèges, sous la responsabilité de « deans ».
- UK comprend un conseil scientifique de 67 membres, dont la composition n’est par précisée.
On y constate par ailleurs que 48% des ressources (2006) de UK proviennent de grants (financements privés), contre 20 % pour UW (2005).
Les frais de scolarité contribuent respectivement à hauteur de 10% des ressources (2006) pour UK, contre 16% pour UW (2005).
Enfin, 165 entreprises privées ont collaboré avec UW au cours du premier trimestre 2007, à des degrés divers. Je n’ai pas trouvé de données pour UK.
C'est marrant, on dirait que Pécresse essaye de copier sur les premiers de la classe. Elle n'a peut-être pas tort, après tout !...
Conclusion : pendant qu’ailleurs certains chercheurs et étudiants excellent, avancent, défrichent, progressent, grâce à des moyens financiers optimisés et une organisation efficace, d'autres - chez nous – bloquent, rechignent, refusent la réforme et cassent l'outil universitaire, sans comprendre que c’est leur propre avenir qu’ils obèrent ainsi.
Le grand retour de Débat 2007 !... Enfin, presque...
Ami blogueur, réjouis-toi, Débat 2007 devient Débat & Co !!!
Débat 2007, qui commençait à sentir le renfermé, a fait sa mue d'automne. Fini la présidentielle. Place au débat général. Place à Débat & Co. Je dirai même : "Place, place !... Débat 2007 est mort, vive Débat & Co !!!".
On y retrouvera avec bonheur certains de nos chroniqueurs préférés : Michel Drancourt, François Ecalle... Mais aussi des blogueurs aux qualités demontrées, comme Nicolas Vanbremeersch, grand explorateur de la toile et l'un des pionniers du genre, qui sévit également sous le pseudo de Versac, pour notre plus grande joie... Il est à parier qu'ils seront rejoints dans les prochaines semaines par quelques cothurnes de qualité.
Souhaitons leur bonne chance et longue vie !
Moi, je vais fourbir mes armes. J'ai deux mots à leur dire...
03 octobre 2006
Légitimité des droits de succession
Quelques éléments de l'article de François Ecalle, paru sur le site de Débat 2007 http://www.debat2007.fr/blog/index.php, me chiffonnent :
1° « Une économie de marché repose fondamentalement sur l'idée que les revenus et les conditions de vie de chacun d'entre nous sont justifiés par la quantité et la qualité du travail fourni et par les risques pris par les entrepreneurs. Comment peut-on expliquer à des jeunes défavorisés par leur naissance qui travaillent dur pour un salaire très modeste que d'autres jeunes peuvent se permettre de ne rien faire tout en ayant un niveau de vie bien supérieur ? »
Commentaire :
C’est caricatural. Les risques que prend un entrepreneur ne pèsent pas uniquement sur lui, mais aussi sur ses proches (conjoint, enfants…). L’entrepreneur travaille rarement en vase clos, et le plus souvent pour transmettre au bout du compte un patrimoine. En cas d’échec, l’entourage est toujours pris dans la tourmente, à des degrés variables, et avec des conséquences diverses. Vivre avec un entrepreneur, c’est soi-même accepter une part du risque, sans – souvent - avoir vraiment le choix (les enfants peuvent-ils s’opposer au choix d’entreprendre des parents, par exemple ?). Economiquement il se produit donc une vraie mutualisation du risque, à l’échelle du ménage. Dans ces conditions, il me paraît naturel que le ménage bénéficie du capital constitué par l’entrepreneur, car il a lui-même contribué à son élaboration. Ainsi, certains jeunes, il est vrai, auront un niveau de vie supérieur à d’autres. Ils auront aussi, a minima, supporté une partie du risque couru par leurs parents. Et puis, n’oublions pas, un entrepreneur fait souvent des émules au sein de son entourage. Arrêtons donc un peu avec le cliché du fils à papa qui a trop de chance parce son père a une boîte qui marche. Tant mieux pour lui, et tant mieux pour l’économie, car c’est souvent un entrepreneur en herbe.
A mon sens, on ne peut donc retenir l’argument qui consiste à légitimer les droits de succession compte tenu d’un déséquilibre constaté dans les situations financières des uns et des autres. Il y a, d’après moi, légitimité dans ce déséquilibre, compte tenu des risques pris par l’ensemble du ménage dans un cas et pas dans l’autre.
2 ° "Une économie de marché n'est pas légitime sans un minimum d'égalité des chances. Il est inutile et irréaliste de viser l'égalité absolue mais il est indispensable de redistribuer les fortunes héritées et les droits de succession en sont le meilleur moyen. "
Commentaire :
Il me paraît plus opportun de créer auprès « des jeunes défavorisés par leur naissance qui travaillent dur pour un salaire très modeste » la volonté d’obtenir la même chose que celui « qui peut se permettre de ne rien faire tout en ayant un niveau de vie bien supérieur ». En matière de redistribution des richesses et d’imposition sur l’épargne, on est somme toute, pas mauvais. On connaît l’efficacité des dispositifs lorsqu’ils sont justement dosés, et, à l’inverse, leurs limites lorsqu’ils sont inadaptés. On sait que taxer le patrimoine n’attire pas vraiment l’entrepreneur. Allons-y donc doucement sur le sujet. C’est précieux, un entrepreneur, ça créé de l’activité, de la richesse, bref, ça tire la machine vers l’avant…
Ce qu’il faut en réalité, c’est une profonde mutation des mentalités pour obtenir du jeune actif qu’il préfère monter sa boîte plutôt que de rechercher la sécurité de l’emploi du service public - sauf à ce qu’il ait une vraie vocation pour la chose publique, par ailleurs tout à fait noble et respectable. C’est cela, à mon avis, créer les conditions de l’égalité des chances : tenir un discours politique qui permette à chacun de comprendre qu’il peut tenter sa chance dans l’aventure entrepreneuriale, et que c’est même probablement la voie à privilégier si l’on souhaite modifier radicalement les conditions de sa naissance.
02 octobre 2006
Qui perd gagne ?
Andrew Fastow, l’ancien directeur financier d’Enron a été condamné à six ans de prison mardi 26 septembre. Son ancien boss, Jeffrey Skilling - Chief Executive Officer du groupe - attend de savoir à quelle sauce il sera mangé. Kenneth Lay, a disparu cet été, avant d’avoir pu être jugé. Fin de partie pour tous. Presque dans l’anonymat. Peu de gros titres, peu de commentaires.
Petit parallèle.
La justice américaine fait son travail, avec une certaine célérité et sans complaisance : Les dossiers sont instruits, les procès se tiennent et les peines sont prononcées, même si la conduite du procès d’Enron ne reflète sans doute pas l’illustration du quotidien judiciaire américain.
Chez nous, c’est souvent plus lent et aussi plus complaisant. On se rappelle de J6M. Le brave gars qui avait fait péter la banque avec Vivendi en 2001 / 2002. Il s’en est tiré avec une amende de 1 million d’euros en 2004. Pour des faits – sans rentrer dans les détails – globalement similaires à ceux d’Enron (on se défait de l’endettement dans des entités ad hoc pour ne pas détériorer le rating bancaire et on maquille les pertes sous des habillages comptables hasardeux) et des conséquences par forcément très différentes : actionnaires et salariés vidés. Tu sais quoi Jean-Marie ? Tu vas pouvoir rejouer !
22 septembre 2006
Amaranth Advisors : nouvelle folie boursière à Wall Street
Amaranth Advisors, l'un des grands gestionnaires de fonds américains, est en train de mordre la poussière. D'après le Monde d'aujourd'hui, il manquerait dans les caisses d'Amaranth plus de 6 milliards de dollars, ce qui en ferait le trou le plus important jamais enregistré par un hedge fund. C'est plus que les pertes de LTCM en 1998 (5,75 milliards de dollars), dont le sauvetage collectif avait à l'époque coûté des milliers d'emplois aux grandes banques de Wall Street et sérieusement menacé l’ensemble de l’institution boursière américaine.
Tout ça à cause d’un trader exalté qui s’est amusé à prendre des positions atomiques sur les contrats à terme du gaz naturel.
Qu'on se rassure, on n'en est probablement qu'au début de la tragédie. L'air de rien, il s'agit bien d'une nouvelle tempête que s'apprête à vivre Wall Street. On apprendra dans les semaines qui viennent que le trou n’est pas de 6 milliards, mais peut être de 9, ou 12, ou 15, que les comptes ont été habillés et toujours approuvés par les réviseurs, ou qu’il n’y a peut-être jamais eu de comptes, que sais-je encore… On va avoir du croustillant à se mettre sous la dent, je suis prêt à le parier.
Cet évènement m’inspire les commentaires suivants :
Tout d’abord, on reste à chaque fois fasciné par les mobiles de la folie financière. Par quels mécanismes un homme peut-il se laisser conduire dans une telle impasse, avec de tels enjeux ? A quel moment l'esprit humain disjoncte ? Quel est le zéro de trop ?
Ensuite, on peut légitimement s’interroger sur le fonctionnement des procédures de contrôle mises en place au sein des sociétés, telles que l’audit interne ou le risk management et destinées à prévenir ce genre de dérive. Manifestement on aurait pu mieux faire. On constate d’ailleurs au passage que l’histoire, comme toujours, trébuche, et que l’on a - encore une fois - du mal a tirer les enseignements des crises financières passées.
Plus encore, on peut à nouveau douter du caractère adapté des garde-fous externes à l’entreprise - réviseurs légaux, autorités de marché… - qui n’ont pas rempli leur rôle. Pourquoi les dysfonctionnements des procédures de contrôle interne n'ont-ils pas été identifiés plus tôt ? Quelqu'un a-t-il vraiment revu les comptes, avec intelligence et professionnalsime et non complaisance marchande ? Etc... Il est quand même assez surprenant que personne n’ait vu venir le coup. Un gars qui crame 6 milliards, à un moment, ça fume, non ? Et bien non. Pas là. Etonnant, hein ?
On pourra m’objecter qu’il y aura toujours des brebis galeuses et que le marché fait lui-même son petit ménage. C’est vrai, mais est-ce pour autant acceptable ? Bien évidemment non. Les responsables d’un plantage comme celui-ci en font justement les frais, surtout outre-atlantique, où les perdants ne sont pas excusés. Mais, les autres, la grande majorité des autres, ceux qui vont être pris dans le tourbillon de la faillite, employés, créanciers, qui ont eu comme seul tort de faire confiance, ceux-là savent qu’ils peuvent décidément toujours compter sur un fonctionnement régulé des marchés. Merci Sarbanes-Oxley.



