23 octobre 2007
Qu'apporte la lecture de la lettre de Guy Môquet ?
Lundi 23 octobre. 8h30. Toute l’école est réunie dans la cour pour la lecture de la lettre de Guy Mocquet aux élèves.
Mon aîné (6ème), qui était dans l’assistance et à qui je demande le soir ce qu’il en a pensé, me dit : « Ben, c’est surtout une lettre adressée à ses parents. Il va mourir et il dit à ses parents de ne pas s’inquiéter. C'est pour ça que c'est triste… ». Et la dimension politique ? Pas vue… Le sacrifice pour la liberté ? Bof…
Intrigué, je mets la main sur la lettre, que je découvre pour la première fois. Elle me prend aux tripes. C’est effectivement la lettre d’un jeune homme de dix-sept ans, embarqué dans l’effroyable tourmente de l’époque, qui, avec courage et retenue, dit adieu à ses proches alors qu’il doit être exécuté.
On rappellera ici que Guy Môquet, initialement détenu en Octobre 1940 par les forces de Vichy pour avoir collé des affiches communistes dans Paris, a été désigné un an plus tard pour être fusillé en représailles à l’exécution d’un général allemand effectuée par de jeunes communistes en Octobre 1941. Il n’a donc pas été exécuté pour avoir collé des affiches de propagande. En revanche, son passé de militant a clairement constitué une circonstance aggravante quand il s’est agi, pour le régime de Vichy, de trouver des coupables désignés.
Il est vrai que la lettre, par l’authenticité des sentiments qu’elle exprime, par son caractère sobre et sa simplicité, par la brutalité du contexte, est particulièrement touchante. Elle prend en outre, à mon avis, une résonance particulière lorsque l’on a des enfants.
C’est en effet avec le regard d’un père de famille que je l’ai lue.
Toutefois, comme mon fils, je n’y ai pas vu de symbole de la résistance à l'oppression, ou d’ode à la liberté. J’y ai vu, en revanche, l’effroyable logique totalitaire de la destruction et de la vengeance, qui frappe aveuglement et brise les familles. J'y ai observé ensuite un gamin qui se trouvait arbitrairement exécuté pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, comme tant d’autres de ses semblables à l’époque. Enfin, j’y ai constaté le terrible alea qui guidait la vie quotidienne des français sous l’occupation. Bref, tout cela évoque moins un testament philosophique qu’un témoignage intemporel sur la connerie guerrière. C'est à ce titre qu'il conviendrait de méditer cette lettre. C'était, finalement, le sens de la remarque de mon fils...
Commentaires
Il est plein de bon sens ton gamin!
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